Hamlet  1
Hamlet 2
Hamlet 3

"Être ou ne pas être" est la phrase immortelle du grand Shakespeare, que chacun interprète à sa manière. Comme le pensent les philosophes, si le sens n'est pas clair, il est logique de revenir à l'idée. De nombreux spectateurs ont eu l'occasion de réfléchir à ce sujet, étant devenus témoins vivants du miracle qui s'est produit sous leurs yeux sur la scène du théâtre Maisonneuve à Montréal. À la mi-février, pendant une semaine, la Place des Arts de Montréal a été l'épicentre de la magie absolue qui régnait lors de la représentation de la production de ballet "Hamlet" basée sur la tragédie de Shakespeare du même nom sur la musique de John Gzovsky.

La représentation s'est déroulée sans entracte et a duré exactement cent minutes. Ce furent des minutes de magie absolue. Cent heures se sont écoulées depuis le visionnement, et cent autres jours s'écouleront encore, et moi, comme tout spectateur réfléchi, je continuerai à chercher des réponses à l'éternelle question de l'existence. Le théâtre est à bien des égards un lieu magique. En s'adressant au monde spirituel de l'homme depuis la scène, le théâtre est appelé à laisser une trace dans le cœur du public. Plus l'équipe de créateurs et d'interprètes de chaque représentation spécifique est professionnelle et harmonieuse, plus la trace sera profonde, en particulier dans une production de ballet.

Des mouvements gracieux et parfaitement affinés, des phrases chorégraphiques techniquement conscientes, une maîtrise éloquente de la pantomime s'entremêlent harmonieusement dans l'art du ballet, « le plus MORAL de tous les arts », comme le considérait P. I. Tchaïkovski. Le ballet classique et la chorégraphie moderne sont deux opposés. Ayant vu plusieurs centaines de représentations de ballet, j'ai toujours donné une préférence inconditionnelle aux classiques. La production avant-gardiste de « Hamlet » que j'ai vue à Montréal est la présentation la plus vivante et la plus profonde de la danse moderne que j'aie jamais vue.

L'auteur de la chorégraphie et l'interprète du rôle d'Hamlet est la première étoile du Ballet national du Canada, le Canadien français Guillaume Côté, qui s'essaye à la chorégraphie depuis plusieurs saisons. Sa silhouette gracieuse, sa posture et sa musicalité lui confèrent une certaine noblesse. Mais ce qui le place au-dessus, c'est son don de directeur de ballet, qui n'est pas donné à tous les danseurs. Même un spectateur non averti ne peut manquer de remarquer les découvertes chorégraphiques intéressantes de G. Côté. Dans "Hamlet", il n'y avait pas de pointes ni de fouettés vertigineux, mais plutôt, comme le plaisantent les danseurs de ballet, des "roulements par terre". Le solo d'Hamlet avec une épée était très impressionnant. L'épée, comme d'autres accessoires, est très symbolique dans cette représentation et produit un puissant impact sur le public. La maîtrise de l'escrime implique une interaction étroite avec les épéistes professionnels. Des rubans blancs et écarlates contrastants, attachés à l'origine aux épées dans une autre scène, semblent transporter le public dans le monde de la gymnastique rythmique pendant quelques minutes. Les miroirs, présents sur la scène mais invisibles, sont empruntés aux spectacles de cirque. L'utilisation judicieuse et très inhabituelle de masques symboliques provoque un plaisir total. Pour moi personnellement, la scène la plus impressionnante a été celle avec Ophélie sur fond de rideau-abîme bleu, de l'autre côté duquel se trouvaient ses partenaires de scène exécutant avec elle des supports complexes, restant invisibles pour le public ! Une telle synthèse de plusieurs types d'art dans une seule représentation est toujours appelée ballet.

La performance, malgré l'absence de musique live, laisse sans aucun doute une impression indélébile et une marque profonde dans l'âme du public. Le chorégraphe et les interprètes méritent beaucoup de crédit pour cela.

Ce qui en fait un chef-d'œuvre, c'est sa scénographie impeccable, c'est-à-dire la scénographie (décors, costumes, maquillage, masques, éclairage, son, vidéo, accessoires) et son créateur, l'artiste de renommée internationale, originaire du Québec Robert Lepage.

Pendant plusieurs années, R. Lepage a dirigé le Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa. Au milieu des années 90, il a fondé sa propre compagnie de production multidisciplinaire, et un peu plus tard, un centre de production interdisciplinaire. Directeur de plusieurs spectacles du Cirque du Soleil, créateur de nombreuses expositions, metteur en scène de nombreux concerts rock et de spectacles dramatiques, il a apporté une grande contribution à l'art du cinéma. Le brillant R. Lepage a également touché à l'art de l'opéra. Par exemple, l'opéra « Das Rheingold » dans sa mise en scène a été présenté avec un succès incroyable au Metropolitan Opera de New York. Une telle polyvalence d'une personnalité créative douée nous fait lui tirer notre chapeau.

L'entrée triomphale de Lepage dans le monde du ballet est liée à une collaboration fructueuse avec G. Côté. Robert Lepage est l'un des plus grands metteurs en scène de théâtre de notre époque. En utilisant les nouvelles technologies, il repousse sans cesse les limites des représentations théâtrales, et le conte de fées devient réalité, et l'impossible devient possible. Même ceux qui ne sont pas très connaisseurs en ballet ne resteront pas indifférents à la performance à laquelle Robert Lepage a assisté a eu un coup de main.

Le ballet « Hamlet » sera à Ottawa la saison prochaine. Ne le manquez pas ! Touchez à la magie et vivez au moins 100 minutes d'émotions extraordinaires.

MARINA KOCHET