Une Alberta forte au sein d’un Canada uni
Ces derniers mois, on voit de plus en plus souvent, le long des routes près de Calgary, des drapeaux bleus de l’Alberta et des affiches appelant les citoyens à participer au référendum. Ils sont particulièrement visibles près des fermes, des ateliers et des petites entreprises. On ne peut évidemment pas juger l’opinion de millions de personnes à partir de quelques affiches, mais l’atmosphère est perceptible : certains en ont assez d’Ottawa, tandis que d’autres craignent qu’un mécontentement légitime n’entraîne la province trop loin.
Le 19 octobre 2026, les résidents de l’Alberta recevront dix bulletins de vote. La question la plus controversée, la dixième, ne porte pas sur une séparation immédiate, mais sur le lancement d’un processus constitutionnel visant à préparer un futur référendum sur l’indépendance. Même une réponse positive ne créerait pas immédiatement un nouvel État : il faudrait une majorité claire, des négociations avec le gouvernement fédéral et les provinces, ainsi que le règlement de questions complexes allant des droits des peuples autochtones aux frontières, aux pensions, à la monnaie et à la dette publique.
Le principal argument des séparatistes concerne l’injustice perçue du système de péréquation, ou Equalization. Formellement, l’Alberta ne fait pas de chèque au Québec : les paiements proviennent des recettes générales du gouvernement fédéral. Toutefois, les résidents et les entreprises de l’Alberta contribuent davantage au Trésor fédéral, et leur mécontentement est donc compréhensible. La formule devrait effectivement être réexaminée en tenant compte de la croissance démographique, des dépenses d’infrastructure et de l’instabilité propre à une économie fondée sur les ressources naturelles.
Mais la séparation entraînerait des risques encore plus importants. L’Alberta n’a pas d’accès direct à la mer et dépend des pipelines traversant d’autres provinces, du marché canadien commun et des institutions fédérales. À elle seule, l’incertitude pourrait suffire à freiner les investissements et les embauches.
Nous, originaires de l’ex-URSS, savons très bien qu’il est beaucoup plus facile de démanteler un système économique commun que de reconstruire ensuite de nouveaux liens, de nouvelles frontières et de nouvelles règles — pacifiquement et sans conflit.
Les sondages montrent que la majorité des Albertains souhaitent rester au sein d’un Canada uni. J’espère qu’ils le confirmeront dans les urnes. Ottawa, de son côté, doit entendre la province et rendre la fédération plus équitable.
Le meilleur résultat ne serait pas une nouvelle frontière, mais un nouveau pacte fondé sur la confiance : une Alberta forte au sein d’un Canada uni et prospère.
Katerina Belinson
Experte (Ottawa)