Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’amour
« All we need is Love »
John Lennon
Le 19 octobre 2025, le Freiman Hall de l’Université d’Ottawa a accueilli une soirée de poésie et de musique intitulée « Yuras, Cantabile et ses amis », une sorte de soirée-hommage consacrée au talentueux poète biélorusse Yuras Shametska, qui vit à Ottawa. La soirée a laissé une impression inoubliable à tous les participants ainsi que de merveilleux souvenirs.
Comme la sérénité et la capacité de nous réjouir nous manquent dans la vie quotidienne... Ce concert dominical fut un véritable rayon de lumière au cœur de la mélancolie automnale. J’y suis allée dans l’espoir d’assister à un miracle, avec l’anticipation d’un plaisir unique, car je connais depuis longtemps l’œuvre de Yuras ainsi que celle du duo Cantabile — Vlada Shametska au violon et Misha Rykov à la guitare. Pourtant, ce dont j’ai été témoin a dépassé même mes attentes les plus élevées.
A. P. Tchekhov, le célèbre dramaturge, avait justement remarqué : « Si tu veux devenir optimiste et comprendre la vie, cesse de croire ce que l’on dit et ce que l’on écrit ; observe et cherche à comprendre. » Observer ce qui se passait était extrêmement intéressant, et tenter d’en saisir le sens l’était encore davantage.
Ayant soigneusement pensé chaque détail, les organisateurs, qui étaient également les principaux participants de la soirée, ont pris soin de chaque auditeur. Il me semble qu’ils ont réussi à toucher chaque personne dans la salle et à faire vibrer, par leur sensibilité, les cordes les plus profondes de l’âme de chacun.
Dans la petite salle chaleureuse, il ne restait pratiquement aucune place libre. Chaque personne présente a reçu un programme bilingue en biélorusse et en anglais, conçu avec beaucoup d’amour. Au centre du programme figurait symboliquement l’image d’un ciel pur et paisible au-dessus d’Ottawa, de Minsk, de New York et de Paris — des villes qui ont inspiré Yuras lors de ses voyages.
Cette image constituait un puissant message de lumière et de paix, tout comme la composition finale du concert : le poème de Yuras « Un seul ciel pour tous », accompagné de l’Ave Maria de Vladimir Vavilov.
Le concert était divisé en deux parties, mais le temps s’est écoulé comme un seul instant. Du début à la fin, l’échange avec le public était empreint d’un amour et d’une bonté tels que des larmes d’émotion apparaissaient aussi bien dans les yeux des spectateurs que dans ceux des artistes.
Bien que Yuras ait animé la soirée en biélorusse, même ceux qui ne connaissaient pas cette langue — et ils étaient nombreux — comprenaient parfaitement ce qui se passait. Voilà ce qu’est la sincérité ! Voilà ce qu’est un amour véritable, impossible à feindre ! Toute la soirée en était imprégnée. Seules des personnes profondément bienveillantes et au cœur ouvert peuvent créer une atmosphère aussi exceptionnelle de chaleur humaine.
Un immense écran occupait le mur central de la scène. On y voyait défiler des diapositives, de courtes vidéos et des photographies parfaitement synchronisées avec la musique et les paroles prononcées. Une synchronisation incroyable ! La remarquable sélection des photos et des diapositives ainsi que leur qualité exceptionnelle, digne des standards internationaux, sont le mérite d’un véritable professionnel, aussi talentueux que modeste : Ales Korolkevich, avec sa famille, son épouse Inna et leur fille Ksenia.
Dans la première partie, j’ai personnellement été profondément impressionnée par le poème « L’Ange », récité avec émotion par Alexandra Logvin ; la chanson d’Andreï Makarevitch « La Bougie », traduite en biélorusse par Yuras et interprétée par Misha Rykov ; ainsi que par le poème de Yuras « Tango », présenté sur une musique d’Astor Piazzolla et accompagné par le duo de danse In Motion.
Parmi les numéros de la deuxième partie, je voudrais particulièrement souligner le poème « Paris », récité avec beaucoup d’inspiration par Aksana Mozgovaya, ainsi que le touchant et lyrique Adagio du ballet « Le Petit Prince » d’Evgueni Glebov, interprété avec une grande sensibilité par la pianiste Alexandra Golod.
J’ai également été impressionnée par le sens de l’humour raffiné de Nina Gordon, remarquable violoncelliste et arrangeuse. Nina a trouvé le moyen d’unir la musique du trio avec piano de Franz Schubert au poème de Yuras « Le Garçon ». Avant l’interprétation, elle a révélé au public quelques secrets de la création de cette composition, dans laquelle les phrases musicales faisaient écho aux intonations des vers.
Le point culminant du concert fut la prestation d’Emily Lakstan, soprano canadienne à la voix d’une pureté exceptionnelle, accompagnée de Nina Gordon et du duo Cantabile. Son interprétation a suscité une ovation enthousiaste du public. La voix cristalline de la jeune Canadienne, qui a interprété en biélorusse deux chansons du compositeur Igor Luchenok, dans des arrangements de Nina Gordon, a provoqué un véritable émerveillement dans la salle.
Vlada, épouse et muse de Yuras, a imaginé puis réalisé l’idée d’organiser cette soirée à l’occasion de l’anniversaire de son mari bien-aimé. Leurs amis — merveilleux musiciens, danseurs et lecteurs de poésie — ont soutenu l’initiative et participé au concert en signe de respect, d’affection et de reconnaissance.
Misha Rykov, Emily Lakstan, Nina Gordon, Alexandra Golod, Elena Obolenskaya, Oleg Buevich, Evgeny Ivanov, Lyudmila Troyanovski, Aksana Mozgovaya, Alexandra Logvin, Ales, Inna et Ksenia Korolkevich, Igor Korolkevich — et toute l’équipe réunie — représentent une force extraordinaire !
Beaucoup pensent que le bonheur est la joie de chaque minute vécue. Pour ma part, je comparerais le bonheur à un électrocardiogramme : pulsations et arrêts, confiance et découragement, fierté et remise en question, admiration et déception... Tous ces sentiments sont les compagnons constants de chacun d’entre nous.
La pulsation de chaque instant vécu nous rend heureux et nous libère de toutes les limites. La soirée de poésie et de musique décrite ci-dessus en est une magnifique illustration.
Soyons heureux, chers amis !
Marina Kochetova